mercredi 31 décembre 2025

A la découverte du saumon atlantique sur le bassin versant du Couesnon

 

Une fois n'est pas coutume, c'est une belle sortie était proposée par La Bouëxière Environnement (LBE) et animée par Richard Pellerin le 21 décembre dernier qui fait l'objet de ce nouvel article sur le blog CHEN.

L’objectif était de partager les indices de présence d'une espèce emblématique (mais en grande difficulté) : le saumon atlantique. 

Comme le précise le site web de l’association Bretagne Grand Migrateur, le saumon atlantique est l'unique espèce de saumon présente dans l'océan Atlantique nord, du cercle Arctique jusqu'au Portugal, et du Québec jusqu'à la rivière Connecticut. En France, il n’est plus actuellement visible que sur la façade Manche et Atlantique et notamment sur le territoire de la communauté de commune de Liffré Cormier Communauté (sur le Couesnon).  LBE organisait donc une sortie sur la Loisance, un affluent du Couesnon colonisé par des espèces migratrices (saumon atlantique, mais aussi anguille européenne, lamproie marine ou alose) et propice à la reproduction du saumon

Le saumon atlantique est un poisson amphihalin : il passe une partie de sa vie en eau douce et l’autre, en mer. En l’occurrence, il naît en rivière (au printemps), il y grandit (souvent un peu plus d'un an, parfois 2) puis quitte l'eau douce pour grossir en mer un ou deux, voire trois ans et revenir en rivière afin de se reproduire en hiver (entre décembre et janvier). C’est à cette période que la femelle créent des nids (appelée frayère) dans lesquels seront déposés les oeufs, fécondés par les mâles. Ainsi protégés et oxygénés de façon optimales, les oeufs, puis les alevins se développeront avant de s’en extraire pour grandir dans le cours d’eau, le printemps suivant (on parle alors de saumon juvénile).

Le saumon a besoin de rivières avec une granulométrie spécifique (principalement composée de cailloux) afin de constituer les frayères. En effet, la femelle aménage le fond du cours d’eau en grattant les cailloux avec sa nageoire caudale, créant ainsi une légère dépression suivi d’un dôme : la frayère. Ces frayères sont disposées sur des zones spécifiques du cours d’eau appelées « radier » (zone la moins profonde avec les vitesses de courant les + fortes). 

frayère de saumon sur la Loisance – décembre 2025 ©Julie Ratajczak / La Bouëxière Environnement
frayère de saumon sur la Loisance – décembre 2025 ©Julie Ratajczak / La Bouëxière Environnement

On dit souvent que le saumon retourne dans sa rivière natale, ce n'est pas totalement vrai. Si il est vrai qu'il pratique le 'homing' (retour à la zone de naissance), en revenant dans dans son bassin versant d'origine, il a la capacité de changer de cours d'eau en fonction des conditions rencontrées. Dans la baie du Mont Saint Michel, on évoque ainsi une population de saumons qui se distribue principalement sur 4 cours d'eau : le Couesnon (département 35), la Sélune, la Sée et la Sienne (département 50).

Le saumon juvénile (le tacon), né au printemps, subit une adaptation morphologique et physiologique  importante (la smoltification) après au moins un an de grossissement en rivière, le préparant à vivre en mer

Tacon de saumon atlantique  – décembre 2025 ©Richard Pellerin / LBE
Tacon de saumon atlantique  – décembre 2025 ©Richard Pellerin / LBE

Il grossit ensuite en mer un an (voire deux ou trois) puis revient en rivière pour se reproduire. Il profite des coups d’eau du printemps ou de l’automne pour remonter jusqu’aux zones favorables à sa reproduction. Arrivé en eau douce, il cesse de se nourrir et toute son énergie est alors consacrée à rejoindre une zone de reproduction et à la reproduction. Il peut alors atteindre une taille de 90/100cm, mais après cet ultime effort, la plupart d'entre eux meurent d'épuisement.

 

Saumon atlantique mâle « bécard » sur la Loisance – décembre 2024 ©Richard Pellerin / LBE
Saumon atlantique mâle « bécard » sur la Loisance – décembre 2024 ©Richard Pellerin / LBE

L'objectif de la sortie était donc de voir ces frayères, preuve de la présence de l'espèce et attestant de sa reproduction sur le bassin versant du Couesnon. Malheureusement, nous n'avons pas vu de saumon sur ces frayères.

Les populations de saumons atlantiques sont en fort déclin, un peu partout dans l’hémisphère nord faisant face à de nombreuses pressions.

En eau douce, tout d’abord. Il y a la présence d'obstacles sur les cours d'eau (créés par les aménagements sur les cours d’eau) qui rendent inaccessibles des zones des cours d’eau pourtant propice à la reproduction. Mais la dégradation de la qualité de l’eau et des cours d’eau est également une pression importante subie par cette espèce (parmi d’autres, migratrice ou non) ou bien encore le dérèglement climatique notamment par le phénomène de réchauffement des eaux douces.

En mer ensuite,  il y a également le dérèglement climatique : la modification des courants marins peut impacter la quantité ou la localisation (plus de distance a parcourir) de la ressource alimentaire, ce qui peut entrainer des mortalités plus élevées de saumons. La pression de la pêche industrielle en mer et l’aquaculture intensive (avec dispersion de maladies) pourraient être dautres raisons du déclin de cette espèce. Ce qui se passe en mer reste une zone d'ombre, c'est pourtant ĺà où il faut chercher les raisons de l'effondrement des stocks de saumons observé ces dernières années.

Afin d’atténuer l’une de ces pressions principales en eau douce (la présence d’obstacles), de nombreuses rivières on fait ou font l’objet d’aménagement pour permettre la remontée de ces migrateurs (saumons, anguilles et lamproies marines) plus loin en amont vers d’autres zones propices à la reproduction. C’est le cas de la Loisance avec la création d’une passe à poissons (cf. photo ci-jointe) réalisée cette année et permettant aux différentes espèces de poissons de remonter plus à l’amont.

Aménagement pour saumon atlantique et autres espèces au centre du cours d’eau et pour anguilles en bordure de rivière sur la Loisance – décembre 2025 ©Manuel Chevé / LBE
Aménagement pour saumon atlantique et autres espèces au centre du cours d’eau et pour anguilles en bordure de rivière sur la Loisance – décembre 2025 ©Manuel Chevé / LBE

Lors de cette sortie, nous étions une 10aine de personnes de l'association LBE. Nous avons pu constater la présence de quelques frayères de saumons atlantiques et truites fario mais également de discuter de ces espèces et des autres poissons migrateurs, des aménagements envisagés pour favoriser leur retour et des différentes pressions auxquelles ils doivent faire face (notamment en mer)

 

A la recherche des frayères de saumons atlantiques sur la Loisance – décembre 2025 ©Manuel Chevé / LBE
A la recherche des frayères de saumons atlantiques sur la Loisance – décembre 2025 ©Manuel Chevé / LBE

Un grand merci à l'association La Bouëxière Environnement pour cette sortie instructive en espérant assister à d'autres animations concernant les rivières de nos paysages !